Et oui, je votais déjà, et ce n'était même pas la première fois. La première fois que j'avais voté, c'était pour les législatives de 1978, que tous les analystes donnaient gagnées par les socialistes encore quelques semaines avant une grande victoire pour le RPR de Jacques Chirac qui s'était positionné radicalement contre VGE.
En ce 10 mai 1981, je n'avais pas voté pour Mitterrand, mais j'étais au fond de moi-même content qu'il l'emporte. Content parce que c'est vrai que finalement ça commençait à bien faire, la droite des années 60 et 70. Déjà, en 78 donc, le PS avait comme slogan "20 ans ça suffit".
On imagine plus aujourd'hui le choc que ça a été, en 1981, d'avoir porté au pouvoir les socialistes. Le mur de Berlin était encore debout, les soviétiques étaient embourbés en Afghanistan, Ben Laden y était aidé par les Etats-Unis au pretexte que les ennemis de mes ennemis sont mes amis. En 1981, certains on cru que la France basculait dans le bloc de l'Est, les capitaux ont fuit, on a instauré un contrôle des changes ! Imaginez ça aujourd'hui !! Interdit d'aller en Grande Bretagne avec plus de 500 francs sur soi !
Et moi, bah j'étais en première année de Sciences-Po à Paris, et je n'avais pas voté Mitterrand. Mais je vivais cette période de fin d'année assez enthousiasmante, un petit parfum de fin de régime, chauffé au soleil dans le jardin de la rue Saint-Guillaume. Avec l'impression d'être là où il fallait être quand même. D'ailleurs, un mois plus tard, je votais pour le PS aux élections législatives. Autant par esprit républicain que par conviction politique : je pensais - comme beaucoup - qu'avec un Président de gauche, il fallait forcément une Chambre de gauche. Je ne croyais pas à ce qu'on allait appeler plus tard la "cohabitation" qui est devenue un des modes de gouvernement favoris des Français...
Je n'ai donc pas fait la fête à la Bastille, mais j'aurais bien aimé y aller...
