Quelle complicité suggérée, quelle douceur, quelle intimité promise...
Et pourtant, bien que cette image me fasse presque monter les larmes aux yeux, je ne souhaite pas avoir d'enfant, pas avoir de fils.
Quand je parle de ça, les gens ne comprennent généralement pas pourquoi. Parfois même ils trouvent ma position très égoïste (notre position devrais-je dire, parce que nous sommes fondamentalement d'accord là dessus avec mon épouse). "C'est si beau d'avoir des enfants, ça change la vie, c'est un cadeau du ciel...". C'est peut-être vrai mais justement. Je pense que c'est un peu égoïste d'en faire un pour toutes ces raisons.
Ce qui serait égoïste, c'est de faire des enfants pour soi, comme on prend un petit chien, c'est si mignon quand c'est petit. Ou alors pour ses vieux jours, c'est vrai ça, quand on sera vieux qui viendra nous voir ? Ou encore - ça existe - parce que ça "pose" d'avoir 3 enfants en termes d'image vis à vis des amis ou collègues...
Et quand on voit ensuite les enfants des autres grandir, on se demande parfois pourquoi ils en ont fait si c'est pour s'en occuper à peine, ne pas chercher à les connaître, projeter leurs échecs passés sur eux en attendant d'eux qu'ils fassent ce qu'ils n'ont pas su faire. Attention, je ne dis pas que tout le monde fait ça, mais c'est trop fréquent...
Et quand on prend la décision de faire un enfant - parce que c'est désormais une décision, plus un "accident" - on ne doit pas oublier toute la souffrance qu'il y a vivre. Je n'ai pas oublié. Je ne crois pas à l'innocence, à la notion d'enfance idéalisée et protégée du monde. Je me souviens trop de tout ça pour me permettre de l'imposer à d'autres, à mes enfants justement. Je me souviens trop de ces journées entières, dès l'âge de 10 ou 11 ans, à échaffauder des plans pour imaginer comment disparaître sans faire trop de peine à ma mère, à mes frères et soeurs. Et pour être honnête, sans me faire trop mal non plus...
Je me souviens trop de cette douleur sourde et continue, de cette colère parfois contre mon manque de courage, je me souviens trop de cette envie et de cette admiration presque quand on m'a appris qu'un de mes copains, lui, était parvenu à ses fins un matin de juillet. Je me souviens trop du désespoir de ses parents le jour de son enterrement.
Et s'il m'arrive quelquechose ? Et si je disparais, que deviendrait-il ce fils déjà aimé avant même d'exister ? J'ai vécu sans père et je ne souhaite pas ça pour lui. Certes, il y a peu de risque, mais c'est déjà trop.
Et s'il disparait ? S'il "part" avant moi, je ne sais pas si je tiendrai le coup. Je vous ai déjà parlé ici du livre "Oscar et la Dame Rose". Qu'une chose pareille arrive à mon fils, je ne veux même pas l'envisager.
En fait, si je ne veux pas d'enfant, c'est que j'ai peur de trop l'aimer, donc de mal l'aimer...
Au fait, pardon pour le cliché, mais quand je dis enfant, je pense plus souvent fils que fille...


