T'es là ? On tchate ?

T'es là ? On tchate ?
Un soir, mon PC sonne. "Ding dong, vous avez un message".

C'est A. Il me propose de tchater, en le retrouvant sur Caramail parce qu'il n'a pas Msn chez ses parents. Je le rejoins aussitôt. Il discute dans un "salon" dont le thème est "gay à Paris".

La conversation est assez courte, il me dit qu'il a bien reçu mes mails, m'en remercie. Mais je le sens un peu loin... Et je me surprend à être un peu jaloux de le retrouver sur ce tchat où il parle avec d'autres. Je suis jaloux et en même temps je comprends que notre situation est impossible.

C'est juste une histoire comme ça, belle certes, mais une histoire impossible. Il faudra bien que j'aprenne à me séparer de lui, ou de l'idée que je me fais de cette histoire entre nous deux.

Quand le ventilateur de mon PC s'éteint, le silence qui s'installe dans l'appartement est tellement profond que j'entends mes oreilles bourdonner.

Je suis triste.

J'ai envie d'écrire.

# Posté le jeudi 05 janvier 2006 13:05

Et tout d'un coup, la ville me parait vide

Et tout d'un coup, la ville me parait vide
Et voilà, A. part ce soir chez ses parents. Je sais qu'il n'aura que peu d'occasions de se connecter sur Internet. Le livre qu'il m'a donné a son odeur. Malgré moi, j'entends le narrateur me parler avec sa voix. Je ne peux m'empêcher de faire des parallèles entre l'histoire du livre et notre propre histoire.

J'écris un mail à A.

"Salut A...,

Je n'ai pas encore fini de lire L'Insoutenable Légèrete de l'Etre. C'est un très beau livre.
Je ne peux bien sur pas m'empêcher de penser à toi à travers ces lignes. J'y ai par exemple pensé lorsque Tereza va chez l'ingénieur "juste le temps de découvrir ce que ça fait de s'avancer jusqu'à la frontière même de l'infidélité". Quand l'angoisse monte, qu'elle retombe avec la découverte de petites choses qui font partie de son univers et qui le rendent étonnamment familier. Quand Tereza ressent qu'elle est sur le fil entre l'amour pour ce quasi inconnu et l'étonnement de découvrir cette partie d'elle même qu'elle a rejeté jusque là.

J'aime aussi beaucoup la construction formelle de cette écriture, faite d'allers - retours entre différents points de vue d'une même histoire, de mêmes événements (ce que j'avais aimé dans le film Elephant dont on avait parlé une fois).

J'espère que tu peux lire mes mails.
Je t'embrasse
Vraiment
Je pense à toi
Tu me manques
"

Chaque matin - que dis-je... chaque heure ! - je vérifie si A. m'a répondu, m'a laissé un message.

Mais mon PC est désepérement silencieux. Pas de "ding dong" qui voudrait dire "vous avez un message". J'ai un peu froid.

Quelques jours plus tard, je lui renvoie un nouveau message.

"Cette nuit, tard.
Juste un petit mot avant d'éteindre la lumière.
Si je n'ai pas dormi ce soir, ce n'est pas à cause de toi, mais grâce à toi. Je viens de finir l'Insoutenable Légèreté de l'Etre.
Merci
je t'embrasse
"

Et le temps passe.

Silencieux.

Poisseux.

Toujours.

# Posté le jeudi 05 janvier 2006 06:43

Fin d'après-midi...

Fin d'après-midi...
A peine rentré à l'appart, A. me rappelle. Son sweat est vraiment trop grand. Il me demande s'il est possible de l'échanger "tu comprends, là c'est plus la taille pour dormir avec que pour le porter. Je suis pas aussi carré que ça ! On peut se voir après mes cours ?"

Bien-sur c'est possible. On se donne rendez-vous près du Forum des Halles, et on procède à l'échange aussitôt. J'aime le voir traîner dans la boutique, regarder ce qu'il y a d'autre. J'aime aussi le regard bienveillant du vendeur qui a l'air de se demander quel type de relation existe entre nous deux...

A. me demande : tu as un peu de temps ?
- Bien sur, j'ai autant de temps que tu veux.
- On fait un tour des boutiques ? Je voudrais te montrer des trucs.

Et nous voilà partis faire les boutiques ensemble, juste pour voir, pour essayer, pour passer du temps ensemble. Pour retarder le moment où il devra partir. Au hasard de notre balade, je lui offre une paire de Converse en cuir, qu'il trouve super. Il proteste un peu, mais je lui répète que ce n'est rien, qu'il ne s'inquiète pas, que ça me fait plus plaisir qu'à lui. Il me fait un petit bisou pour me remercier.

Nous allons prendre un dernier café avant de repartir chacun de notre côté pour le temps des vacances. Nous sommes un peu graves. Je lui dit où j'en suis déjà dans le livre qu'il m'a donné quelques heures plus tôt.

En regardant A., je pense à un passage que je viens justement de lire, en venant...

"Tomas se disait : coucher avec une femme et dormir avec elle, voilà deux passions non seulement différentes mais presque contradictoires. L'amour ne se manifeste pas par le désir de faire l'amour (ce désir s'applique à une innombrable multitude de femmes) mais par le désir du sommeil partagé (ce désir là ne concerne qu'une seule femme)."

Je n'ai pas envie de coucher avec A. J'ai juste envie de dormir avec lui.

Au moment de nous séparer, A. me chuchote qu'il avait préparé un truc à me dire mais qu'il n'avait pas réussit à le dire. Qu'en tout cas, il tenait vraiment à moi et qu'il me remerciait d'être moi... Je suis ému. On se fait un dernier bisou et je le regarde s'éloigner en courant pour attraper une rame de métro qui sonne déjà.

......

Et ma femme dans tout ça ? J'ai aussi envie de dormir avec elle. Je le fais chaque soir. C'est un vrai plaisir de sentir son corps chaud contre le mien, sa tendresse. Elle sent bien qu'en ce moment je ne vais pas très bien, que je dors mal, que je suis déstabilisé. Elle ne me pose pas de questions. Elle travaille quelques jours par semaine en province, ce qui explique que je sois parfois libre le soir. Mais je vis mal cette situation. J'aime ma femme, je ne veux pas la faire souffrir, et j'ai vraiment besoin d'elle. Mais je ne peux m'empêcher de voir A. Si, 3 mois avant seulement, on m'avait prédit une pareille situation, je ne l'aurais pas cru...

J'aime A. d'une façon différente de ma femme. Pas moins, pas plus, différemment. Pourtant, si je ne crois sincèrement pas que cet amour retire quelquechose à l'amour que je porte à ma femme, je sais que la situation est bancale. Je ne sais que penser en ce soir de décembre. Je vais essayer d'écrire tout ça et j'enverrai un mail à A. qu'il lira pendant ses vacances.

# Posté le mercredi 04 janvier 2006 07:18

Modifié le mercredi 04 janvier 2006 09:16

Qu'est ce qu'il te ferait plaisir à Noël ?

Qu'est ce qu'il te ferait plaisir à Noël ?
C'est lui qui a posé la question le premier...

Qu'est ce qui te ferait plaisir pour Noël. C'est vrai, les "fêtes" approchent à grands pas. Même si la perspective de les passer loin d'A. les rendent un peu tristes. Les vacances scolaires arriveront encore plus tôt que Noël, et il repart en province retrouver sa famille.

Je ne sais jamais quoi demander pour Noël. Il m'a déjà tant donné de toutes façons... En revanche, j'ai quelques idées pour lui. Cela fait un moment qu'il tourne autour de différents trucs et m'en parle de temps en temps. J'ai envie d'être généreux, mais de ne pas lui donner l'impression de "l'acheter". c'est compliqué l'argent... Non que j'en aie à foison, mais quand même plus que lui c'est évident. Même lorsque nous nous voyons, il est un peu gêné lorsque je paye sa part. Je lui ai déjà dit plusieurs fois qu'il ne devait absolument pas se sentir redevable de quoi que ce soit. Il ne me doit rien. Absolument rien.

Mais la prochaine fois que nous nous reverrons, ce sera justement la veille de son départ en vacances. Nous nous donnons rendez-vous au Jardin du Luxembourg un jour à l'heure du déjeuner.

Je suis un peu en avance, je l'attend. Enfin il arrive, je le vois arriver de loin, je le regarde. Il est beau. Je suis amoureux.

Il fait beau mais froid, un peu de brume flotte au dessus du bassin. Lorsqu'A. parle, de la buée sort de sa bouche. Nos yeux brillent, nous sommes, je le crois, heureux d'être ensemble. Après avoir avalé un sandwich, nous nous échangeons de façon un peu gauche nos cadeaux. Nous sommes presque gênés de cet échange qui - peut-être - semble celler un peu plus fort notre attachement réciproque.

Je lui ai trouvé un sweat qui lui fait assez plaisir. Je l'ai trouvé chez AgnèsB, Il semble qu'il soit trop grand. Je suis un peu déçu...

A. me fait un cadeau beaucoup plus personnel. Je suis vraiment super touché. Il m'a apporté un livre qui a compté pour lui. Un des premiers "grands" livres qu'il ait lu et qui l'a profondément marqué, il avait 15 ans. L'insoutenable légèreté de l'être, de Kundera. C'est déjà un super geste en soi de me faire ce cadeau. Mais ce qui me touche le plus, c'est qu'il me donne SON exemplaire, celui qu'il a lu et relu... un exemplaire tout tordu, tout frippé, écorné, un exemplaire qui a vécu avec lui.

Et en plus, A. m'a écrit une dédicace...
"Je marche.
Clair de soleil et froid trachant.
Ma surdité masque tes pas.
J'ai entendu dire que ce jour là, j'avais un peu peur...
C'était il y a longtemps je crois.
Depuis tu as appris ma véhémence, et j'ai écouté ton mutisme.
Pour mon plus grand bonheur je n'ai de cesse d'apprendre, de découvrir, et tu m'accompagnes.
Merci
"

Wao... J'ai l'air bien nul avec mon pauv' sweat shirt...

Il est déjà l'heure de se séparer. Nous nous faisons des bisous bien sages - nous sommes en public quand même !

Dans le métro, en regagnant la maison, je me plonge déjà dans la lecture. J'en loupe deux fois la station...

# Posté le mardi 03 janvier 2006 13:55

Modifié le mardi 03 janvier 2006 14:34

Envie de suspendre l'histoire là

c'est certain, j'aimerais rester longtemps sur le dernier post...

# Posté le mardi 03 janvier 2006 06:31